02/01/2019

INTERVIEW : Anthony Florio, photographe culinaire mais pas que...

news-main-anthony-florio-photographe-culinaire-mais-pas-que.1546250464.jpg Crédit photo : Anthony Florio

Anthony Florio, photographe basé à Charleroi, est l’un de ces artistes qui dressent un trait-d’union ténu entre deux disciplines connues pour leur exigence, la photographie et la gastronomie, pour les faire basculer dans une autre dimension. Du produit d’exception à la composition culinaire, il va à la rencontre des acteurs les plus prestigieux, producteurs uniques, chefs étoilés… l’art de l’un magnifiant celui de l’autre.

Si l’on peut gratifier le travail d’un artiste remarquable c’est en le qualifiant d’unique et aisément reconnaissable. Anthony a donc accepté de nous en livrer quelques secrets.

Comment et pourquoi avez-vous choisi la photographie culinaire ?

La photographie est venue sur le tard. J'ai fait des études en e-business et geek depuis toujours (j’ai eu mon premier ordinateur à 5 ans !). J'avais déjà terminé mon cycle d’études et, résidant en cité universitaire, j’ai commencé à créer des sites pour des clients. Comme il manquait des contenus, c’est comme ça que j’ai commencé la photo.

Ma famille est d’origine italienne, la cuisine chez nous est sacrée ! J’aidais ma grand-mère à préparer des plats traditionnels (gnocchi, arancini, …). Je suis tombé amoureux des fourneaux et je suis surtout un grand gourmand.

Quant à la photographie culinaire, elle est venue justement suite à la découverte de mon tout premier restaurant gastronomique. Durant le repas, ma compagne me dit en plaisantant de faire des photos de plats. J'ai proposé ensuite au chef où nous étions de lui réaliser ses photos et, le lendemain, mon premier contrat était signé.

La chance (et le travail) aidant, j'ai pu décrocher une place dans un concours international et... c'était lancé [premier concours : finaliste 2011 au Concours international de la photographie culinaire à Oloron Sainte-Marie, France] !

Comment travaillez-vous avec les chefs ?

Tout dépend du chef. Il n'y a pas de méthodologie. Je ne suis pas un photographe "de commande" à proprement parler, même si, effectivement, c'est une partie de mon travail. Si on me prend, c'est pour un style, une façon de faire, un feeling.

Généralement, je dis que je photographie les univers des chefs. Donc, au final, que ce soit un univers de palace ou celui d'un chef entrepreneur, l'essentiel est de me transmettre quelque chose : de la matière, un vécu, des envies, des délires, etc. Avec tout ça, je vois où l'on peut aller. Souvent, on se méprend sur "mon style" et j'ai donc des chefs qui ont le sentiment qu'ils ne pourront pas travailler avec moi mais je peux réaliser aussi bien un univers ultra simple, monochrome blanc par exemple et en faire ressortir quelque chose qui vous prendra aux tripes. Mais c'est, en fait, rarement une demande car les chefs me demandent souvent du "clair-obscur" style avec lequel je me suis fait remarquer. 

En définitive, la discussion avec les chefs reste primordiale et surtout la découverte de leur univers est importante, voilà pourquoi je m'attable toujours chez eux avant de commencer mon travail. C'est très important d'avoir sa propre idée de ce qu'est la cuisine du chef avant le travail de découverte de la personne. Cela me permet de parler ensuite avec lui, mais avec mes mots et non pas ceux que j'aurais pu lire dans la presse ou ceux qui ressortent lors d'une discussion avec un foodie par exemple. C’est souvent là que la magie opère, une table qui me fait "tomber de ma chaise" me laisse souvent un souvenir impérissable et le travail est alors de canaliser la créativité, plus que de chercher à être créatif. Et une bonne surprise amène facilement à être créatif.

Également spécialiste de design, comment définiriez-vous votre art ?

Je dirais que m’on approche s'apparente à "raconter une histoire" mais, selon avec qui je travaille, cela peut aussi être simplement la réalisation d'un visuel original et créatif. De là, j'ai eu l'idée de mettre tout cela en mouvement d'où la création, en plus de mon activité actuelle, d'une boutique creative studio (le studio : wwww.schrodinger.be) qui propose photo, vidéo, web mais aussi consulting et création d'événement, scénographie. C'est un projet que je réalise en collaboration avec mon ami Mehdy Nasser, talentueux, il vient de l'univers du fashion design et nous nous complétons donc très bien pour apporter aux chefs de nouvelles approches.

C'est la recherche obsessionnelle de l'image qui marque, du juste milieu créatif et de sa correcte représentation artistique. Quand il s'agit de valoriser l'univers d'un designer, mon style doit "s'effacer" mais pas mes idées. Mettre en scène du mobilier, "sculpter" un vase avec ma plus belle lumière ou encore sublimer un modèle qui porte la tenue d'un créateur.

Je pense que la démarche est de comprendre où le créateur/designer veut nous emmener, je ne fais ensuite qu'amener des idées qui fonctionnent pour la photo/vidéo pour ensuite faire la traduction visuelle.

Un projet avec un designer se construit sur plusieurs mois, voire plusieurs années... c'est donc un jeu de patience et de réflexion pour arriver au 5% restant, le shooting photo en tant que tel. Ici aussi, je crée des univers sur mesure selon le designer ; tout est donc possible (et souhaité).

Qu’est-ce que la photographie culinaire a apporté à votre pratique ?

Le rapprochement avec mon autre spécialité est la rigueur. Tout doit être pensé, calibré, minuté... C'est presque identique.

Le sens du détail, c'est ce qu'un chef dira de moi. Quitte à recommencer plusieurs fois une assiette si elle ne me plaît pas ou ne rend pas honneur au chef, je la renvoie en cuisine.

La patience aussi car c'est un art où nous sommes deux, lui/elle en cuisine, moi "en studio" et donc, tant qu'il/elle n'a pas fini, le shooting ne commence pas réellement, quand il ne faut pas composer avec les imprévus !

Le fait de s'adapter, s'adapter aux imprévus, aux conditions (parfois acrobatiques) ainsi qu'aux impondérables (les problèmes de matériels ou les cuisiniers qui manquent à l'appel lorsque les shootings se présentent, les reports sont parfois nombreux...).

Être sûr et prêt au bon moment. Une fois que le chef a posé son plat, pas le droit à l'erreur, je dois donc être sûr de ma composition, stylisme s'il y en a un, ou de l'idée mais surtout de la lumière, du cadrage, etc.

Je terminerai par le regard... Un regard différent sur tout ce qui m'entoure, je regarde chaque aliment ou chaque objet, chaque personne, chaque tenue, avec des idées de projets photo (souvent délirants) !

Quelques conseils de professionnel à prodiguer sur l’art de la composition, la lumière, etc. ? Ou simplement quelque chose à partager en conclusion ? 

C'est une question qui revient souvent. Mais sincèrement, si ça vous dit de ne faire que des cadrages où l'on ne voit qu'1/5 de l'assiette et tout le reste est blanc... tant que le tout rend bien, why not ?

C'est aussi ça avoir son style. Qu'importe les ratés (parfois voulus et maitrisés d’ailleurs) en lumière, un style est un style et il est personnel. Le seul truc c'est : éclatez-vous ! Soyez dingue ! Aimez ce que vous faites sinon, trouvez autre chose à faire !

J'ai eu le syndrome de la "page blanche" près d’un an, croyant que le problème venait de moi. Le problème venait surtout du fait que je n'aimais plus ce que je faisais. J'avais besoin justement de m'amuser, de m'éclater et de sortir toutes mes idées créatives. Est donc en question ma façon de travailler mais surtout "avec qui".

Et qu'importe ce que vous faites, on ne plaît pas à tout le monde, mieux vaut aller dans une direction et se planter, que d'avoir des regrets de ne jamais l'avoir fait.

Bref, je suis disponible pour tous ceux qui ont envie de laisser ma créativité éclater !

Distinctions : 

Gourmand award 2016 Best book of the world. Categorie : fruit book / Tomate avec le chef Sang-Hoon Degeimbre
Finaliste en 2013 du festival international de l'image culinaire à Oloron Saint-Marie en France
Finaliste en 2011 du concours international de la photographie culinaire à Oloron Saint-Marie en France

Livres :

Une terre, des hommes & des recettes le livre de Génération W avec René Sépul (2013) aux éditions La Renaissance du Livre, iCook for you de Jean-Philippe Watteyne aux éditions Racine, Belgian Bites (2012), TFF 2020 (2012), Ne m'appelez pas CHEF ! le livre de Julien Lapraille aux éditons Génération W (2014), Un gars, un chef, les coups de coeur de Gérald & Adrien aux éditions La Renaissance du Livre (2014), Série de 5 mini-livres sur les pâtes, les oeufs, les pommes de terre,... pour les éditions Sudpresse (2014), Tomates avec Sang-Hoon Degeimbre pour GrupoMexico fundacion - Mexique (2016)

Source de l'article : http://www.anthonyflorio.be